Octobre au Clos du Val : préparer la terre pour l’hiver
Lorsque le mois d’octobre arrive, le jardin change doucement de rythme. Les grandes récoltes de l’été sont derrière nous, les journées raccourcissent et les premières fraîcheurs rappellent que l’hiver n’est plus très loin. Pourtant, au Clos du Val, le jardin ne s’arrête pas. Il entre simplement dans une nouvelle étape de son cycle.
Bobbie Poplars
10/1/20266 min read


Après les récoltes et les nombreux travaux réalisés durant les beaux jours, octobre est consacré au nettoyage raisonné des parcelles, à la protection du sol, aux dernières plantations et à la préparation de la saison prochaine.
Cette année encore, le travail continue avec une idée essentielle : ne pas laisser la terre nue pendant l’hiver.
Semer pour protéger la terre
Nous préparons actuellement le semis d’un mélange de seigle et de vesce, destiné à couvrir le sol pendant la période hivernale.
Ce choix n’est pas anodin.
Le seigle est une céréale particulièrement intéressante pour les semis d’automne. Il possède une bonne capacité à couvrir le sol et peut constituer un couvert hivernal. La vesce, quant à elle, appartient à la famille des légumineuses. Certaines vesces d’hiver sont adaptées aux semis de septembre et de début octobre et peuvent participer au maintien d’une couverture végétale durant l’hiver.
Associées, ces plantes permettent donc de maintenir une végétation sur les parcelles pendant une période où elles seraient autrement exposées aux intempéries.
Le principe est simple : la terre ne reste pas seule face à l’hiver.
Les racines occupent le sol, les parties aériennes le couvrent et, lorsque le couvert sera ensuite géré au printemps, la matière végétale pourra participer au retour de matière organique.
Les recherches menées en Wallonie sur les couverts d’interculture soulignent notamment leur intérêt pour la protection et l’amélioration des sols, le recyclage des éléments nutritifs, la limitation du lessivage et le stockage du carbone.
Pourquoi couvrir le sol pendant l’hiver ?
Un sol nu est davantage exposé aux précipitations, au ruissellement, à l’érosion et aux variations de température.
À l'inverse, une couverture végétale agit comme une protection naturelle.
Les plantes jouent plusieurs rôles :
elles protègent la surface du sol contre l’impact direct des pluies ;
elles contribuent à limiter l’érosion ;
leurs racines maintiennent une certaine activité biologique ;
elles peuvent récupérer une partie des éléments nutritifs disponibles ;
elles fournissent de la matière organique lorsqu’elles sont ensuite restituées au sol ;
elles offrent également un refuge temporaire à différents organismes du jardin.
Cette question de la couverture hivernale prend d’ailleurs une importance particulière dans les pratiques agricoles wallonnes. La réglementation wallonne prévoit, pour les terres arables (concernées par la BCAE 6), différentes formes de couverture du sol durant la période sensible allant du 15 septembre au 15 novembre, notamment par les résidus, les repousses, les intercultures ou les cultures d’hiver.
Au Clos du Val, notre démarche relève avant tout d'une volonté pédagogique et écologique adaptée à notre jardin, mais elle rejoint une préoccupation plus large : prendre soin du sol plutôt que simplement lui demander de produire.
Les autres travaux d’octobre
Le semis du seigle et de la vesce n’est qu’une partie du travail. Octobre est également le moment de terminer progressivement les récoltes des cultures encore présentes au jardin.
Les courges et potirons sont particulièrement surveillés, elles ont beaucoup souffert l'été de la chaleur et une attaque d'oïdium nous a fait craindre le pire; Il faut les récolter avant les périodes de gel important et les installer dans un endroit sec et aéré afin de favoriser leur conservation.
Les tomates restantes peuvent également être récoltées, notamment lorsque les températures nocturnes commencent à devenir trop basses. Les parcelles libérées sont ensuite observées.
Il n’est pas nécessaire de vouloir tout nettoyer jusqu’au moindre brin d’herbe. Certains végétaux peuvent être laissés en place lorsqu’ils présentent un intérêt pour la biodiversité ou lorsqu’ils participent naturellement à la protection du sol. Le jardinier apprend ainsi à distinguer le rangement du jardin de son appauvrissement.
Un jardin vivant n’est pas nécessairement un jardin parfaitement propre.
Préparer les parcelles sans épuiser la terre
Après une culture, la tentation peut être grande de retourner profondément toute la parcelle. Pourtant, les pratiques contemporaines de conservation des sols invitent à réfléchir à la quantité et au moment du travail mécanique.
Le CRA-W souligne notamment l’importance de choisir les espèces de couvert en fonction du précédent cultural, de la culture suivante, des objectifs recherchés et des conditions pédoclimatiques. Les conditions pédoclimatiques désignent l'ensemble des caractéristiques du sol (pédologie) et du climat d'une région ou d'une parcelle qui influence la croissance des plantes et de la production agricole. La qualité des semences, l’état du sol et même la surveillance des limaces sont également des éléments à prendre en considération.
Au Clos du Val, cette observation du terrain est particulièrement importante.
Notre jardin possède son histoire propre. Il se trouve sur un ancien territoire industriel et nous travaillons donc avec les résultats des analyses de sol et avec les précautions qui en découlent.
Chaque parcelle mérite ainsi d’être considérée individuellement.
Connaître son sol, c’est déjà commencer à en prendre soin.
Octobre, le mois où l’on prépare déjà le printemps
Le jardinage possède cette étrange particularité : une partie du travail accompli aujourd’hui ne produira ses effets que plusieurs mois plus tard. Lorsque nous semons le seigle et la vesce en octobre, nous ne cherchons pas seulement à embellir le jardin pendant l’hiver, nous préparons déjà la prochaine saison. Le couvert va traverser les mois froids, puis viendra le moment de réfléchir à sa destruction, à la préparation des parcelles et aux futures plantations.
Cette succession rappelle que le potager fonctionne comme un cycle plutôt que comme une succession de tâches indépendantes. Récolter, protéger, nourrir, laisser reposer, puis recommencer, c’est peut-être l’une des plus belles leçons que nous offre la terre.
Un jardin qui continue à vivre après les récoltes
Octobre marque donc moins la fin du jardin que son changement de visage. Les fleurs sont moins nombreuses, les récoltes diminuent, certaines parcelles semblent se vider, mais sous la surface, la vie continue.
Les racines travaillent encore. Les organismes du sol poursuivent leur activité. Les vers de terre, les champignons et les nombreux petits habitants invisibles participent à la transformation de la matière organique.
Et bientôt, le seigle et la vesce viendront ajouter leur propre présence à cette histoire.
Au Clos du Val, nous apprenons ainsi à regarder le jardin autrement.
Il n’est pas seulement un lieu où l’on vient récolter des légumes, c’est un espace d’apprentissage, de transmission, de rencontre et d’expérimentation. Chaque saison nous apporte ses réussites, ses difficultés et ses nouvelles questions. Et notre devise continue de nous accompagner : Chaque jour, je m’améliore un peu plus !
Retour sur les Journées du Patrimoine
Les 12 et 13 septembre 2026, le Val Saint-Lambert a vécu un beau week-end consacré à son histoire et à son patrimoine, dans le cadre du bicentenaire de la cristallerie.
Cette édition des Journées du Patrimoine invitait le public à découvrir les 200 ans d’histoire du Val Saint-Lambert, depuis les origines cisterciennes du site jusqu’à son histoire industrielle et verrière. Des visites, des démonstrations de soufflage du cristal, des animations et la découverte de l’exposition « Cristal Vivant » étaient notamment proposées.
Le Clos du Val a également participé à ce beau rendez-vous.
Nous avons eu le plaisir d’accueillir de nombreux visiteurs au jardin.
Ces rencontres ont été particulièrement précieuses pour notre projet. Elles nous ont permis de présenter le jardin, d’expliquer notre démarche, de parler de culture, de nature, de solidarité et de montrer concrètement comment un espace cultivé peut devenir un lieu de rencontre au cœur d’un ancien site industriel.
Les visiteurs ont pu découvrir un jardin en pleine évolution, échanger avec nous et comprendre que le patrimoine ne se limite pas aux bâtiments, au cristal ou aux objets anciens.
Il existe également un patrimoine vivant, fait de jardins, de savoir-faire, de gestes transmis, de rencontres et de projets collectifs.
Cette journée nous a donc confortés dans notre volonté de faire du Clos du Val un lieu ouvert, accueillant et pédagogique.
Un grand merci à toutes les personnes qui sont venues nous rencontrer.
Le jardin s'est ouvert aux visiteurs, et pendant quelques heures, ce sont les visiteurs qui ont contribué à faire vivre le jardin.
Références et bibliographie
Centre wallon de Recherches agronomiques (CRA-W), Les couverts d’intercultures : une pratique clé à optimiser, 2026.
Portail de l’Agriculture wallonne, BCAE 6 : Couverture des sols minimale en vue d’éviter les sols nus dans les périodes les plus sensibles, campagne 2026.
CRA-W, Les dérobées fourragères, documentation technique sur les espèces adaptées aux semis d’automne et à la couverture hivernale.
Journées européennes du Patrimoine en Wallonie, Les Journées du Patrimoine 2026.
Ville de Seraing, Les Journées du Patrimoine vous invitent à plonger au cœur de 200 ans d’histoire au Val Saint-Lambert, septembre 2026.
Château du Val Saint-Lambert, programme des Journées du Patrimoine 2026 et du bicentenaire.
Le clos du val
Jardin solidaire
Horaires
Lun-ven: 10h00-16h00
Dimanche:
9h30 à 13h00
Localisation
leclosduval@gmail.com
Contact
Esplanade du val, n°1 Seraing 4100